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Iran(2018)
Ispahan
« …tout ce qui monte un peu haut dans le ciel, minarets sveltes et tournés comme des fuseaux, dômes tout ronds, ou dômes renflés comme des turbans et terminés en pointe, portiques majestueux des mosquées, carrés de muraille qui se dressent percés d’une ogive colossale, tout cela brille, étincelle dans des tons bleus, si puissants et si rares que l’on songe à des pierres fines, à des palais en saphir, à d’irréalisables splendeurs de féerie. … haute oasis qui fut en son temps un des centres de la magnificence et du luxe sur la Terre. » (Pierre Loti, Vers Ispahan...)
Troisième capitale des Safavides, Ispahan est transformée dès 1598 (année de l’Edit de Nantes) par Shah Abbas Ier. Au XVIIe siècle, la ville devient un centre philosophique, le foyer d’une école de peinture, une colonie dynamique d’émigrés arméniens.
Selon Chardin (voyageur Français du XVIIe siècle), la ville comptait à cette époque 162 mosquées, 48 madrasas, 182 caravansérails et 273 hammams. Dans cette oasis de palais et de jardins, conçue comme un reflet du paradis, les rois organisaient des fêtes qui pouvaient durer plusieurs semaines.
La fin des Safavides entraine le déclin immédiat de la ville et même si elle demeure un important centre commercial elle avait perdu sa place politique et culturelle au profit de Shiraz puis de Téhéran.
Nous découvrons tout d'abord La Place Royale et tout ce qui l'entoure :
- Place royale (Place Naqsh-e Djahan) :
Autrefois appelée l'"Image du Monde » (Naqsh-e Djahan), cette place est le cœur de l’urbanisme conçu par Shah Abbas Ier. Mesurant 510 m sur 163, elle était destinée au jeu de polo, aux défilés militaires, aux marchés et aux manifestations religieuses. Elle est d’une nouveauté radicale dans l’urbanisme musulman et devance aussi nombre de réalisation des villes européennes. Ses quatre côtés sont bordés par la mosquée de l’Iman et la mosquée Lotfollah, le palais Ali Qapu et la porte d’entrée du bazar. - Mosquée de l'Iman
Avec son décor de céramiques aux tons bleus, turquoise et jaunes, ses soubassements de marbre d’Ardestan, ses lignes pures et ses proportions, son unité esthétique exceptionnelle elle est un joyau d’architecture, de décor et de symbolisme, Construite entre 1612 et 1627, elle s’ouvre par un portail monumental sur la place Royale. La mosquée adopte un plan classique avec une large cour rectangulaire bordée sur ses quatre côtés d’un iwan, chacun précédant une salle carrée surmontée d’une coupole. Les motifs floraux des careaux peints émaillés prédominent, déclinés dans des médaillons ou en arabesques. Au Sud, de part et d’autre de la salle de prière, deux grandes salles de prière hypostyles sont voûtées chacune de huit petites coupoles. Deux madrasas faisaient de la mosquée un centre d’études. (Dans l’un des deux, un iman parlant parfaitement le Français faisait découvrir l’Islam à un groupe de touristes français). - Mosquée Sheikh Lotfollah
Cette mosquée est un bâtiment royal privé, construit sous Shah Abbas Ier de 1602 à 1619. Elle contient seulement une salle de prière précédée d’un corridor, sans cour ni minaret. La beauté des mosaïques émaillées bleues et ocre à l’extérieur, l’assemblage à l’intérieur des carreaux peints et de l’émail, tout joue avec les rayons du soleil pour constituer un éventail de couleurs. - Palais Ali Qapu
Construit au début du XVIIe siècle, ce palais est partiellement décoré de céramiques à l’extérieur. La galerie du premier étage accueillait dignitaires et spectateurs admirant les spectacles sur la place. Le plafond est en bois marqueté et peint, soutenu par dix-huit colonnes aux chapiteaux de muqarnas peints. Au dernier étage, une salle de musique possède un admirable décor de stuc aux propriétés acoustiques particulières. - Bazar
Construit sous Shah Abbas Ier au début du XVIIe siècle, et agrandi au cours du temps, ce bazar est l’un des plus grands et des plus beaux d’Iran. Il est riche de commerces, de caravansérails et d’ateliers, mais aussi de madrasas, de mosquées et de hammams. Nous avons parcouru quelques rues, découvert quelques trésors mais cela fut court à un moment où beaucoup d’échoppes étaient fermées. Nous avons ainsi découvert un caravansérail, de belles fontaines, la mosquée la plus ancienne d’Ispahan avec un beau portail de l’époque Bouyide…. Et bien sûr les vêtements féminins d’intérieur et d’extérieur, les épices… - Ponts :
Ispahan est une oasis et la Zayendeh Rud (la rivière qui « donne la vie ») prend sa source dans les monts du Zagros. Elle est sèche depuis les années 2000 (à cause d’une redirection de ses eaux vers l’est du pays) (sauf quelques jours tous les ans). Elle est enjambée par plusieurs ponts. Nous avons essentiellement vu le « pont aux 33 arches » et le pont Khadju (le plus beau, qui est à la fois barrage et écluse) au milieu des habitants qui profitaient de leur temps libre en ce vendredi… - Tombe de Harun Velayat :
La tombe de Harun Velayat se signale par sa coupole couverte de céramiques . Construit en 1512, ce mausolée possède un portail décoré de splendides mosaïques de céramiques (avec à droite les portraits de Khomeini et de Khameini). A l’intérieur, des peintures murales qadjares représentent des imams et des anges. A côté du cercueil des dons en numéraires sont éparpillés sur le sol. - Mosquée du Vendredi :
Cette mosquée est l’une des plus importantes d’Iran à cause de sa longue histoire architecturale de près de mille ans. La première mosquée de type arabe est du VIIIe siècle, puis elle fut reconstruite et agrandie au XIXe siècle. Au XIe siècle, les Seldjoukides la modifient avec le plan persan et l’apparition des quatre iwans autour d’une cour centrale, et avec deux salles hypostyles nord et sud qui survivront à un incendie. Le reste sera reconstruit avec quatre beaux iwans, qui seront embellis jusqu’à la fin de l‘époque safavide et même qadjare.
La cour centrale est vaste, cernée par quatre iwans, dont le principal est celui du sud, dirigé vers la Mecque. Les muqarnas sont gigantesques, avec des noms inscrits à l’intérieur de chaque alvéole.
La coupole sud (comme la coupole nord, plus élancée et plus équilibrée) est une coupole sur trompes, du XIe siècle alors que le très beau mirhab de cette salle est safavide.
Deux salles hypostyles nord et sud comportent un décor en briques et des petites coupoles sur les voûtes.
Une petite salle de prières fut créée en 1310 par Uldjaitu, souverain Ilkanide. Elle contient un des plus beaux mihrabs de l’art musulman. Sculpté dans le plâtre, régi par des proportions fondées sur le nombre d’or, il est une polyphonie virtuose de frises calligraphiques et de motifs végétaux et géométriques. - Palais Chehel Sotun :
Trônant dans un beau jardin,, ce palais fut construit par Shah Abbas Ier au début du XVIIe siècle et terminé par Shah Abbas II en 1647. On l’appelle « palais aux quarante colonnes » car les vingt colonnes du portique se reflètent dans un long bassin rectangulaire. Les colonnes soutiennent un superbe plafond de bois peint et marqueté. Des lions stylisés bordent les angles d’un petit bassin. L’iwan extérieur est tapissé de mosaïque de miroirs. A l’intérieur, la salle principale est décorée de peintures de styles et d’époques différents, inspirés par la miniature traditionnelle. Les plus anciennes (début du XVIIe s) représentent des couples s’adonnant aux plaisirs du vin et de la musique. Six grandes pentures du XVIIe représentent des fêtes ou des batailles. - Cathédrale de Vank :
En 1604-5, alors que la guerre entre l’Empire ottoman et l’Iran safavide dure depuis des décennies, Shah Abbas Ier décide de contrer l’avance ottomane en Arménie par la tactique de la guerre brûlé, entre autres en déportant des centaines de milliers d’Arméniens dans les villes iraniennes. Les Arméniens déportés trouvèrent parfois une vie plus sûre et parfois aussi meilleure. Shah Abbas désirait aussi employer la compétence des négociants arméniens. C’est ainsi que fut créée la « Nouvelle Djolfa », quartier arménien proche du centre d’Ispahan. Le roi octroya à la communauté arménienne une indépendance administrative et judiciaire et le monopole du commerce de la soie.
Parmi les 13 églises de ce quartier, la plus visitée est la cathédrale de Vank (1658-62). Construite en briques, son plan s’inspire des mosquées à coupole sur pendentifs safavides. Les céramiques sont arméniennes par leurs thèmes religieux, et safavides par la technique et certaines scènes bucoliques. Les peintures murales intérieures sont de style italo-flamand ponctué d’influences russes. Un petit musée rappelle le génocide arménien.
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