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Pérou (2016)
Le seigneur de Sipan : le Toutankhamon péruvien ?
Une découverte qui est un vrai roman policier...
En février 1987 la police péruvienne saisissait quelques objets en or et en cuivre doré provenant du pillage d'un ensemble funéraire de la région de Lambayeque. La qualité des éléments de parure attira immédiatement l'attention de l'archéologue Walter Alva, directeur du musée Br?ning de Lambayeque et spécialiste de la culture mochica qui s'est épanouie entre le Ier et le VIIe siècle de notre ére. Après une brève enquéte sur le terrain, il réussit é localiser la provenance des piéces. La piste des pilleurs conduisait, dans la vallée de Lambayeque, au village de Sipan.
A proximité de Sipan se dressent les vestiges de structures pyramidales en briques d'adobe, connues localement sous le nom de Huaca Rajada. A leur pied, la plate-forme funéraire a été percée d'une multitude de trous et de tunnels par les chercheurs de trésors. Une premiére sépulture a été pillée mais, gr?ce ? l'intervention rapide des archéologues péruviens, conduits par Walter Alva, le pire a pu étre évité. La quantité impressionnante d'informations consignées durant les années de fouille constitue une contribution exceptionnelle ? la connaissance de la culture mochica.
Cet univers culturel a en effet, jusqu'alors, été reconstitué ? partir de milliers de piéces conservées dans les collections particuliéres ou dans les musées.
En réalité, la plate-forme funéraire de Sipan a été utilisée pour inhumer plusieurs seigneurs et dignitaires mochica. C'est la tombe de l'un d'entre eux, dite du Seigneur de Sipan, qui fit la célébrité du site.
La sépulture :
Aprés plusieurs mois d'excavation dans le corps de l'édifice en briques d'adobe apparaissait le premier signe d'une sépulture d'un personnage de haut rang. La fouille révéla les restes du squelette, en trés mauvais état de conservation, d'un jeune homme allongé sur le dos, coiffé d'un casque en cuivre doré, muni d'un bouclier rond en cuivre et vraisemblablement vétu d'une tunique en coton selon les fragments de textile découverts sur les os. Il s'agit en fait de l'équipement du guerrier tel qu'il est traditionnellement représenté dans l'iconographie mochica, et plus spécialement sur les poteries peintes et modelées. Les pieds du jeune homme avaient été amputés avant son inhumation, mutilation interprétée comme un rite destiné ? empécher le guerrier, sacrifié lors de l'enterrement d'un seigneur, de quitter son poste dans l'au-del? ; il fut alors appelé "le gardien". Sa présence devait en toute logique annoncer l'existence de la sépulture intacte d'un personnage de trés haut rang.
A moins d'un métre sous la tombe du "gardien", les vestiges de poutres en bois, désintégrées, indiquaient l'emplacement du toit d'une chambre funéraire. L'enlévement des sédiments qui avaient envahi cette chambre permit d'atteindre le grand cercueil en bois contenant les restes du Seigneur de Sipan, enterré avec de magnifiques parures en or, en argent, en cuivre doré, ornées de pierres semi-précieuses. L'étude anthropologique des restes osseux semble indiquer qu'il était mort entre trente-cinq et quarante-cinq ans, et aucun indice ne suggére une fin violente.
En réalité, plusieurs niveaux de parures avaient été déposés sur son corps. Le défunt avait été inhumé avec divers ornements d'oreilles, en or, de forme circulaire et délicatement incrustés de pierres rares et exotiques représentant un guerrier, un canard ou un cervidé. Le visage avait été recouvert de pi?ces découpées dans de fines feuilles d'or en forme d'yeux, nez et dents. Le menton et les joues étaient protégés par un "couvre-menton" réalisé dans une feuille d'or et un ornement de nez - une demi-lune en or - fut retrouvé ? proximité. La coiffe était ornée d'un cimier en or ayant l'aspect d'une lame de tumi, couteau andin dont la lame est en demi-lune. Des vestiges de grandes plumes étaient associés ? ce cimier.
Le corps était paré de plusieurs grands pectoraux et bracelets constitués de milliers de perles en coquillages de couleur. Il portait un collier composé de dix cacahuétes en or, ? droite, et de dix autres cacahuétes en argent, à gauche. Deux tumi, l'un en or et l'autre en argent, reposaient sur un collier fait de simples disques en or. La taille était entourée de sonnailles en demi-lune comportant, au centre, la représentation d'un personnage debout tenant dans une main un tumi et dans l'autre une t?te-trophée. Cette figure, caractérisée par une bouche aux traits de félin, est traditionnellement identifiée comme l'image de Ai-Apaec, divinité supréme du panthéon mochica. Les hanches étaient protégées par deux grands éléments en forme de tumi, l'un en or et l'autre en argent, dont la partie accrochée ? la ceinture est ornée de la représentation du dieu sacrificateur Ai-Apaec. A l'évidence, il existe une symbolique de l'association des deux métaux précieux, l'or et l'argent, avec la droite et la gauche, mais elle nous est malheureusement encore inconnue.

Dans la main droite, le seigneur de Sipan tenait un sceptre en or, en forme de masse d'arme dont la téte a l'aspect d'une pyramide inversée ornée d'une sc?ne o? un guerrier mochica menace de sa masse d'arme un captif qu'il tient par les cheveux. Les pieds étaient chaussés de sandales en cuivre. De nombreux autres éléments de parure recouvraient le corps du puissant seigneur mochica, accompagnés d'étendards en cuivre doré.
(Beaucoup de ces objets sont au Musée des Tombes Royales et j'ai regroupé des photographies extraites d'un livre puisqu'il est interdit de photographier...)
Hormis le gardien qui veillait au-dessus de la chambre funéraire, le Seigneur de Sipan était accompagné dans son ultime demeure par un certain nombre de serviteurs sacrifiés lors des rites d'inhumation.
Quatre cercueils encadraient son sarcophage : é droite gisait un guerrier, égé de trente-cinq ? quarante ans, amputé du pied gauche et équipé d'un casque, d'une masse d'arme et d'un bouclier rond, ? gauche un homme du méme ége était installé téte-béche par rapport au seigneur, avec un chien étendu sur les jambes et les pieds; les restes de cet individu étaient associés ? des piéces en cuivre oxydé qui furent considérées comme les composantes d'un étendard. Transversalement ? la téte du seigneur, un troisiéme cercueil contenait le corps d'une femme, ?gée de seize ? vingt ans, dont le pied gauche avait été amputé; au-dessous se trouvait le cercueil d'une autre jeune femme. Dans l'angle formé par les restes de ces deux femmes et ceux de l'homme au chien, un enfant d'une dizaine d'années avait été déposé en position assise. A l'opposé, au pied du seigneur et transversalement ? son sarcophage, une autre jeune femme était inhumée avec une grande couronne cylindrique en cuivre ornée d'un visage humain en relief. Deux lamas sacrifiés avaient été déposés sous les cercueils des deux hommes.
La position particuliére des corps dans la chambre funéraire correspond, ? n'en point douter, ? une symbolique complexe qui n'est pas encore décryptée. Sur trois cétés, les parois de la tombe comportent cinq niches comprenant des offrandes de céramiques.
d'aprés https://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/la_tombe_du_seigneur_de_sipan.asp
et les ornements originaux découverts dans la tombe et déposés dans le musée :
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